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Quel rôle pour la philanthropie dans la transition sociale et écologique?

Au moment où les sociétés modernes font face à des défis énormes sur le plan social et environnemental, le rôle et les fonctions de la philanthropie subventionnaire sont à l’ordre du jour au Québec comme ailleurs. Dans un contexte où les fondations privées sont beaucoup plus présentes et interagissent de plus en plus avec d’autres acteurs de la société, il est utile de pouvoir identifier les points de consensus et également les points de débats quant à leur place et leur action en faveur d’une transition sociale et écologique.

Force est de constater que cette transition sociale et écologique est devenue une urgence pour la planète et la population qui l’habite. Mais cette transition exige des transformations non seulement sur le plan environnemental, social et économique, mais également dans les manières de vivre ensemble en société et dans les rapports entre les citoyens et l’État. En d’autres mots, le renforcement de la démocratie est un enjeu de fond.

Face à cet enjeu, le rôle des fondations peut sembler problématique, car par définition des fondations privées ne sont pas des organisations dont la gouvernance s’appuie sur des processus démocratiques. Ceci fait partie de leur réalité, de leur ADN en soi. Cependant, cette réalité n’enlève rien à leur capacité d’agir positivement sur la société ni ne diminue leur mérite en ce qui concerne leur contribution potentielle à la société et à la démocratie. Mais la première condition pour le faire est de reconnaître et d’assumer pleinement cette réalité et de bien saisir comment jouer un rôle positif dans ce contexte.

Nos prochaines remarques visent principalement les grandes fondations subventionnaires et, plus globalement, la « communauté » constituée par ces fondations.

Dans un exercice de synthèse, et tout en reconnaissant que la liste n’est sans doute pas exhaustive, nous proposons sept grands rôles pour les fondations dans la transition sociale et écologique. Dans chacun de ces rôles, nous soulevons également des pièges à éviter et cela sur la base des expériences ou des observations empiriques et des débats en cours à ce sujet.

7 grands rôles des fondations et les pièges à éviter:

  1. Le premier rôle, et celui qui semble faire consensus, est celui de soutenir les initiatives qui émergent de la communauté en réponse aux besoins et aux aspirations individuelles et collectives. Cette approche est celle privilégiée présentement par l’initiative PIC (Projet Impact Collectif) sous la coordination de Centraide du Grand Montréal et impliquant sept fondations privées. Par un processus de mobilisation locale, ce sont les organismes de quartier qui définissent leurs objectifs et se dotent d’un plan qui est ensuite soutenu par un regroupement de fondations.

Le piège à éviter, et qui a été bien identifié dans la démarche du PIC, est celui de se substituer à la communauté en décidant ce qui est bon pour elle.

  1. Le deuxième rôle crucial des fondations est de contribuer au partage et au transfert de connaissances. Par leurs infrastructures internes et à travers la « communauté » regroupée, les fondations ont accès à un ensemble d’informations et de connaissances d’expériences internationales, de données et de méthodologies qui pourraient bénéficier au plus grand nombre. Il est donc important pour les fondations d’investir dans le transfert des connaissances.

Encore ici, il faut éviter de se substituer aux communautés ou aux organisations de la société civile dans le choix des pratiques dont elles souhaitent s’inspirer.

  1. Le troisième rôle crucial pour une fondation consiste à soutenir les démarches de renforcement de la société civile et des citoyens dans leur capacité d’agir en interface avec l’État. Il s’agit ainsi de contribuer au renforcement de la démocratie. Cela permet de renforcer la capacité des personnes à jouer leur rôle de citoyen. Cela facilite également le dialogue des organismes avec l’État et leur participation au processus de coproduction de politiques et d’action stratégiques.

Par contre, les fondations doivent éviter de se substituer à la société civile et d’agir comme interface entre la société civile et l’État. Il s’agit là d’une pente glissante en matière de vie démocratique d’une société.

  1. Un quatrième rôle important que les fondations ont à jouer dans une transition sociale et écologique est celui de soutenir fortement l’action collective ou les organisations collectives dans toutes les sphères de la société. La culture de réussite individuelle est omniprésente dans la société moderne. Cette approche est favorisée par le discours de certains pour qui l’individu soit la clé de voûte de l’amélioration de la société.

Pourtant, si nous voulons « rééquilibrer la société » comme dit Henry Mintzberg dans un livre récent[1], il faut que l’espace collectif dans la société (et dans l’économie) soit renforcé et qu’il change d’échelle. Ainsi, il faut éviter de mettre de l’avant l’action individuelle au détriment de l’action collective et des organisations collectives.

  1. Un cinquième rôle pour une fondation est, bien sûr, celui de favoriser l’innovation sociale dans la durée. L’innovation sociale ne peut provenir d’en haut, peu importe sa définition. Elle émerge du terrain, de l’action menée pour répondre d’une nouvelle manière à des défis sociétaux. L’innovation sociale est un processus de « learning by doing ». Bien que les réussites soient l’aboutissement idéal de ces démarches, il est impossible, a priori, d’en connaître l’issue.  Il est cependant toujours utile de regarder les initiatives précédentes, les échecs et les erreurs et d’en tirer les apprentissages.

Tous ces processus prennent du temps. Le piège à éviter est ne pas investir sur le long terme et donc de ne pas laisser le temps aux démarches structurantes de l’innovation sociale, enracinées sur le terrain, de faire leur preuve.

  1. L’avant-dernier rôle que les fondations peuvent et doivent assumer est celui d’être un acteur économique exemplaire. Il s’agit là d’une des fonctions les plus prometteuses en ce qui concerne la contribution potentielle des fondations à la transition sociale et écologique. Car les fondations SONT des acteurs économiques.

Cependant, il ne suffit pas de vouloir investir autrement pour que ça donne des résultats. Il faut s’assurer que les produits financiers offerts par des investisseurs cherchant un impact positif soient pertinents et utiles pour ceux et celles sur le terrain qui tentent tous les jours de combiner viabilité économique et rendement social. Ainsi, il faut que les fondations évitent le piège de concevoir et d’orienter le développement de produits financiers et des stratégies de financement sans une participation active de ceux qui les utiliseront

  1. Le dernier rôle stratégique que les fondations peuvent jouer, et non pas le moindre, est celui de soutenir le travail de collaboration et de concertation d’une diversité d’acteurs en faveur de la transition sociale et écologique. Car, cette transition est complexe et implique un ensemble de partenaires. Les collaborations et les actions concertées ont une valeur immense dans les progrès qu’on peut faire comme société. Les fondations peuvent jouer un rôle stratégique en apportant un soutien financier et autre à ce travail de cocréation et de coproduction entre acteurs. Encore une fois, le piège à éviter est de se voir comme l’interface ou médiateur plutôt qu’un partenaire parmi d’autre dans l’émergence des consensus et dans les actions concertées.

Ainsi, les fondations peuvent jouer un rôle important pour la transition sociale et écologique, en oeuvrant dans les domaines écologique, social et économique de même qu’en renforçant la vie démocratique. Elles doivent par contre éviter de se substituer, à différents niveaux, aux communautés et à la société civile en général. Elles doivent soutenir les initiatives collectives et les concertations dans la durée et se garder de reproduire dans leur fonctionnement le modèle dominant.  Elles peuvent aussi favoriser l’émergence et la diffusion des innovations sociales aptes à permettre la construction d’un monde moins inégalitaire et à amorcer la nécessaire transition sociale et écologique.

En terminant, il est clair que l’analyse et les pistes identifiées dans ce court texte ne peuvent représenter l’ensemble des points de vue, mais constituent plutôt une invitation à poursuivre les discussions dans les prochains mois.

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Ce billet est un extrait des propos de Nancy Neamtan tenus le 21 avril 2017 lors de la Conférence internationale du Laboratoire montréalais de recherche sur la philanthropie canadienne (PhiLab) Crises socioéconomique et environnementale : rôles et responsabilités des fondations subventionnaires, de la réflexion à l’action…             

[1] Mintzberg, H. (2016). Rééquilibrer la société : pour un renouvellement radical au-delà de la gauche, de la droite et du centre. Québec : Éditions Somme Toute.

 

Le transfert et la transition écologique et sociale : comment travailler ensemble vers la transition ?

Le 5 avril dernier, c’est autour du transfert et de la transition écologique et sociale que près d’une centaine de personnes se sont réunies dans le cadre d’un séminaire de travail.

Au cœur des échanges s’exprime la volonté d’éclairer la place du transfert dans la transition écologique et sociale. Pourquoi et comment travailler ensemble ? Quels sont les freins ? Quels sont les accélérateurs ? Nourris d’exemples de projets alliant ces deux dimensions, les participants ont pu échanger dans le cadre d’ateliers de travail. La diversité des perspectives et des expériences des participants d’ici et d’ailleurs, chercheurs, praticiens et représentants des organismes de liaison, a certainement contribué à la richesse des discussions.

La journée s’est clôturée par un panel où chercheurs de diverses disciplines, praticiens et représentants des organismes subventionnaires ont posé leurs regards sur ces enjeux.

Les échanges ont été fertiles et permettront, sans aucun doute, des collaborations futures. Une synthèse des échanges est en voie de préparation. Surveillez nos nouvelles publications sur le site Web.

Ce séminaire, présenté en marge du colloque international du CRISES, a été organisé par Territoires innovants en économie sociale et solidaire (TIESS), le Centre de recherche sur les innovations sociales (CRISES), l’Institut Mines-Télécom Atlantique (IMT Atlantique) et le Centre interdisciplinaire de recherche en opérationnalisation du développement durable (CIRODD).

Photographe: Sylvain Laroche