3 juillet 2018

Comptabilité sociale et environnementale

Résumé : L’idée de comptabilité sociale et environnementale a pris plusieurs formes au cours de la seconde moitié du 20e siècle. Ce courant s’est notamment développé en France avec le Bilan Sociétal et au Royaume-Uni avec le Social Accounting and Audit.

À travers les époques et les cultures, l’idée de comptabilité sociale a pris plusieurs formes. On doit donc la comprendre comme un courant de pensée qui va dans le même sens que la notion de mesure d’impact social plutôt que comme une méthode précise. Ainsi, certains auteurs ne parlent pas uniquement de comptabilité mais aussi d’audit et de reporting (Social Accounting, Reporting and Auditing, SARA) (Gray, 2001; Norman et MacDonald, 2004; Owen et Swift, 2001).

La comptabilité sociale a commencé à être mise en pratique au cours des années 1970 dans le but de documenter et de tenir compte de l’impact social d’une organisation, c’est-à-dire les effets de son action sur une large palette de parties prenantes (Zappalà et Lyons, 2009, p. 8). Selon Gray (2001, p. 9), cette notion a ensuite connu une perte de vitesse au cours des années 1980, avant de ressurgir à la fin des années 1990.

En France, le Bilan Sociétal a été développé par le Centre des jeunes dirigeants de l’économie sociale (CJDES) dans le but d’évaluer et de valoriser la responsabilité sociétale des entreprises de l’économie sociale en faisant appel à des valeurs autres que financières : citoyennes, humaines, démocratiques, environnementales. Son objectif était d’aller au-delà des exigences classiques du bilan social en France : « le Bilan Sociétal a pour objectif d’identifier les éléments d’échanges de l’entreprise avec la société pour les catégories non référencées par les bilans comptables et sociaux classiques » (CJDES, 1996).

Selon Zappalà et Lyons (2009, p. 8), la comptabilité sociale a généralement recours à des données qualitatives ou des statistiques pour décrire l’avancement de l’organisation dans la réalisation de sa mission plutôt que de recourir à un modèle inspiré d’états financiers formels. Le lien entre ces méthodes et la comptabilité est donc relativement ténu et relève du langage. C’est plutôt du point de vue du discours, de l’origine, de la « culture » des porteurs de cette notion qu’on peut faire un rapprochement. Ce discours a d’ailleurs lui-même inspiré de nombreuses initiatives dans le domaine de la mesure d’impact social. Par exemple, le projet Double Bottom Line[1], financé par la fondation Rockefeller au début des années 2000, visait à standardiser les méthodes entourant la mesure d’impact social (The Rockefeller Foundation et The Goldman Sachs Foundation, 2003). Dans ce titre, la bottom line, une expression courante en anglais, fait référence à la dernière ligne de l’état des résultats, où l’on peut voir les bénéfices (ou les pertes) nets.

Malgré une certaine baisse d’intérêt au profit du discours sur la mesure d’impact social, la notion de comptabilité sociale et environnementale demeure encore très riche en matière de littérature et de débats. En témoignent, par exemple, le guide du SRS en Allemagne (Social Reporting Standard, 2014) ou les travaux du World Business Council for Sustainable Development qui visent à comprendre, évaluer et valoriser les dimensions environnementale et sociale de l’activité économique (Caron, 2015).

[1] D’autres parlent même de triple bottom line, afin d’inclure des considérations sociales et environnementales (Elkington, 1997). L’apport de cette nouvelle conceptualisation, au-delà de la rhétorique, est cependant contesté (Norman et MacDonald, 2004).


Références

Caron, M.-A. (2015). La comptabilité environnementale, sociale et de développement durable : pour une monétisation plurielle des services rendus par les écosystèmes. Dans Nature et économie. Un regard sur les écosystèmes du Québec (p. 209‑220). Presses de l’Université du Québec.

CJDES. (1996). Bilan sociétal – Présentation générale.

Elkington, J. (1997). Cannibals with forks. The triple bottom line of 21st century.

Gray, R. (2001). Thirty years of social accounting, reporting and auditing: what (if anything) have we learnt? Business ethics: A European review, 10(1), 9–15.

Norman, W. et MacDonald, C. (2004). Getting to the Bottom of the « Triple Bottom Line ». Business Ethics Quarterly, 14(2), 243‑262.

Owen, D. et Swift, T. (2001). Social accounting, reporting and auditing: Beyond the rhetoric? Business Ethics: A European Review, 10(1), 4‑8.

Social Reporting Standard. (2014). Social Reporting Standard Guide to results-based reporting.

The Rockefeller Foundation et The Goldman Sachs Foundation. (2003). Social Impact Assessment: A Discussion Among Grantmakers. New York City.

Zappalà, G. et Lyons, M. (2009). Recent approaches to measuring social impact in the Third sector: An overview. Centre for Social Impact Sydney. Repéré à http://www.socialauditnetwork.org.uk/files/8913/2938/6375/CSI_Background_Paper_No_5_-_Approaches_to_measuring_social_impact_-_150210.pdf